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Enseignement et apprentissage collaboratif sur un campus virtuel : les leçons dune expérience Richard Faerber
Résumé : Le campus virtuel de lUniversité Louis Pasteur, Strasbourg 1 intègre des outils dinformation, de communication et de travail collaboratif accessibles avec un simple navigateur web. On développera dans cette contribution lidée dune adaptation de ces trois types doutils aux cadres pédagogiques. On décrira les difficultés de la communauté éducative à dépasser lobstacle technique dans le cadre dune formation fondée sur lapprentissage en groupe. Abstract : The virtual campus at Université Louis Pasteur, Strasbourg integrates information, communication and collaborative work tools all accessible with a simple webbrowser. In this article the idea of a an adaptability of this tree tool types to different pedagogical frameworks will be developped. We will describe the difficulties of the educative community to pass the technical obstacle in a formation based on group learning. Mots clé : Enseignement à distance, Travail collaboratif, Apprentissage en groupe, Internet, Interface homme-ordinateur.
Luniversité Louis Pasteur sest dotée en Octobre 98 dun dispositif dEnseignement à Distance (EAD) pouvant accueillir différentes formations . Cest un campus virtuel dont laccès se fait entièrement par le réseau Internet. Les outils nécessaires à linformation, à la communication et à la collaboration ont été intégrés de façon à ce quun navigateur habituel soit suffisant pour travailler à partir de ce site. Le campus virtuel est un lieu dans lequel différentes communautés éducatives (enseignants et étudiants) trouvent des espaces dactivité et dinformation modulables en fonction des formations offertes. La présentation de lensemble est fondée sur une métaphore spatiale qui met en perspective des bâtiments, des pièces ou des salons dont les usages peuvent être diversifiés même si les rôles de chacun sont strictement définis. Les équipes denseignants ou les responsables de formation peuvent opter pour des démarches didactiques allant de la simple transmission de connaissances en ligne à une pédagogie centrée sur les groupes dapprentissages et le travail collaboratif .
Les cadres pédagogiques Nous avons voulu que ce campus virtuel puisse être adapté à des situations denseignement apprentissage variées. Selon les disciplines, la personnalité des enseignants, le profil des apprenants, les pédagogies mises en uvre peuvent varier de la simple mise à disposition des connaissances par lenseignant, jusquà leur construction commune (LEFOE, G. 1998) par les apprenants. Ainsi, le campus virtuel est susceptible dêtre utilisé pour des formations à distance qui sont une réplique des formations en présence, cest à dire avec une forte interaction enseignant - apprenant . A lopposé, les outils disponibles permettent des apprentissages qui sappuient fortement sur une collaboration au sein de groupes de travail ou de projet. Chaque formation se déroule dans un cadre pédagogique particulier et le campus doit sadapter à chaque situation. Idéalement il serait tel la palette où le peintre peut construire des teintes subtiles à partir des couleurs de base. Avant de décrire les outils qui correspondraient à ces couleurs primaires, nous proposons de jeter un il sur la palette actuelle des formations Quatre formations sont en cours ou projetées sur le campus virtuel Diplôme Universitaire : Utilisation des TIC dans l'éducation
: méthodes & outils Diplôme d'Etudes Supérieures Spécialisées :
Analyses Biologiques et Chimiques Diplôme d'Accès aux Etudes Universitaires : Option
"B" : scientifique Licence Sciences Physiques Pour le DU UTICE , lidée dextrapoler les pratiques denseignement présentiel, généralement en usage, na pas semblé pertinente : léquipe enseignante a choisi une approche qui favorise lapprentissage (TARDIF 1998 p31) et valorise les compétences plutôt quun enseignement basé sur la transmission des connaissances de lenseignant vers létudiant. Dans cette situation on favorise linteraction entre les étudiants, leur entraide, la construction commune des connaissances, lémergence et la formulation de projets. Il faut prévoir des situations de recherches complexes, des méthodes de résolution de conflits ou de prise de décision. Le rôle de lenseignant consiste alors à étayer (TARDIF 1998 p39) et à soutenir plutôt quà transmettre. La préférence pour une approche sociale des apprentissages, dans ce cas, a induit des solutions techniques originales telles que la mise à disposition dun outil de travail collaboratif . Le DAEUB se déroulera dans un cadre où lenseignant aura un rôle de transmission des connaissances plus marqué et où le tutorat direct des étudiants par des enseignants sera monnaie courante. Les outils de présentation et dorganisation de linformation (le cours, les directives, les échéances ) et les moyens de communication sont alors mis à contribution plus que ceux de collaboration. Le forum jouera alors un rôle dominant pour la communication alors que les espaces de travail collaboratif ne seront exploités quépisodiquement. Une métaphore spatiale La manière la plus immédiate, la plus simple, de réunir
sur un site web différentes activités consiste à
saider dune métaphore spatiale : les utilisateurs
se déplacent dans des lieux. Même si ce choix ne fait pas
lunanimité dans les environnements réseautés
de lEAD (on peut privilégier la notion de tâche) (CUEEP
) il a le mérite de faire appel à un entendement immédiat.
Un regroupement dactivités dans des bâtiments virtuels
(fig. 1) disposés dans un campus réticulaire nous a semblé
indiqué pour ne pas déboussoler demblée le
nouvel arrivant. Il y a toujours, comme on le verra ci dessous, un obstacle
technique dans la prise en main dun dispositif tel que celui-ci
et qui agit en bruit de fond sur les formations. Le degré dalphabétisation informatique (LAROSE 1999) des apprenants est tel que nous nous sommes efforcés de donner des repères simples et solides aux utilisateurs. Le choix de la métaphore spatiale produit rapidement des habitudes de navigation et il contribue à la construction dun vocabulaire toponymique commun. Autre avantage : la métaphore spatiale se prête particulièrement bien à lhabillage graphique du campus. Dans la version expérimentale du campus qui est présentée ici (fig. 1), cette illustration na pas été poussée dans tous ses retranchements : elle se limite actuellement à la figuration des bâtiments. Mais des essais dune mise en trois dimensions du campus ont été tentés et la possibilité de continuer lillustration à lintérieur des bâtiments est envisagée par la représentation effective de plans détages, de salons, de salles, damphithéâtres. Ces bâtiments sont conçus pour être des espaces à trois finalités : être informé, communiquer et collaborer. Linformation et la communication sur le campus virtuel Linformation (les cours, les guides, les foires aux questions) est intégrée dans le site réticulaire du campus sous la forme de pages hypertextuelles de type HTML. Elle est toujours organisées de la même manière, selon le même canevas, dans chaque formation mais les degrés de liberté sont tels quune adaptation pour chacune des formation est toujours possible. Laccès nest autorisé quà la communauté éducative de la formation. Linformation transmise est de nature à faciliter lorientation et la circulation, à prendre connaissance des données sur lorganisation du temps, les coutumes ou règles en vigueur pour la formation (" point accueil et infos "), des outils logiciels et matériels nécessaires au bon suivi de la formation (" salle de ressources ") ainsi que les coordonnées personnelles (" bureau de poste "). La " bibliothèque " donne accès aux contenus des enseignements (fig. 1) mais aussi à des documents iconographiques ou à des textes de référence. De manière générale, lenseignement présentiel se pratique " face à face " et repose uniquement sur des échanges " au même endroit au même moment ". Lenseignement à distance avec le réseau Internet et ses outils permet, quant à lui, de différencier les modes de communication : les dialogues peuvent se dérouler soit de manière synchrone, soit asynchrone. Pour favoriser le jeu subtil de ces changements de modes et pour les adapter au type de travail, le dispositif que nous avons réalisé permet non seulement cette variation, mais la décline de manière polymorphe. Le " Café " est un lieu ouvert où peut circuler toutes informations quelles aient ou non un lien avec les apprentissages. Cest un forum sous forme de discussion filaire asynchrone . La " salle de réunion " est exclusivement réservée aux moyens de communication synchrone. Elle est subdivisée en quatre " salons " dans lesquels des groupes de travail peuvent se réunir simultanément pour la causette (chat). Si le cas se présente, les échanges de vive voie (synchrones) peuvent être pris en charge par le logiciel " Microsoft Netmeeting " . Le " bureau partagé" de chaque étudiant permet une forme de discussion asynchrone particulière : elle est contextualisée puisquelle se déroule sur (et à propos de) un document donné ou dans un espace de travail dédié à un apprentissage précis. Enfin le même " bureau partagé " donne accès à des listes de diffusion permettant de contacter par la messagerie électronique des groupes dans la communauté éducative. Dans la mesure où la formation est basée sur une pédagogie de groupe et que les relations entre pairs (étudiant étudiant) constituent un des élément important de la démarche pédagogique (formation DU UTICE), cette large palette de moyens de communication sest avérée nécessaire même si au départ elle pouvait sembler redondante ou trop complexe à manier. La collaboration Les outils de travail collaboratif en réseau en sont encore à un stade de développement juvénile, malgré une recherche de plus en plus active dans ce domaine et des progrès sensibles ces dernières années. Soit ils offrent de réelles possibilité de travail en commun et ils sont alors lourds à mettre en uvre (EFFELSBERG 1998). Soit leur prise en main est rapide, mais leurs fonctionnalités sont alors parfois trop superficielles. On voit que le choix de loutil de travail collaboratif est le résultat dun compromis délicat. Le campus virtuel qui est décrit ici propose aux différentes formations un espace de travail collaboratif dénommé " le bureau partagé" : BSCW (Basic Support for Cooperative Work 99). Cest un lieu de création, de partage de documents et de prise de décision, entièrement accessible à partir dun navigateur Internet qui a pu être véritablement intégré dans le campus. Il a donc été possible daffranchir les utilisateurs de la corvée dinstallation doutils supplémentaires. En effet, de telles manuvres comportent toujours des risques de complications dues aux postes de travail hétérogènes (système dexploitation, ancienneté du matériel, modifications de lenvironnement) dont il faut tenir compte durant les formations proprement dites. Il en va de même pour les connaissances informatiques des apprenants ou des enseignants qui ne sont souvent quau simple stade de lalphabétisation (LAROSE 99). De manière générale il sagit de minimiser le plus possible lobstacle technique qui est, quoiquon fasse, un frein à la bonne poursuite de la formation. Dans le même ordre didée, le fait de dérouler tout le travail des utilisateurs dans une unique fenêtre réduit la complexité de lenvironnement informatique auquel il a à sadapter. Lélément qui a le plus fortement déterminé notre choix pour ce produit est indubitablement la qualité et là-propos de ses fonctionnalités. Elles nous ont parues assez complètes autant dans ses aspects de communication et de sécurité que pour la gestion du flux de travail et les possibilités de partage, de co-édition ainsi que de co-présence pour pouvoir envisager son utilisation réelle dans le cadre dapprentissages en groupe. On ne soulignera jamais assez à quel point le recours à un dispositif qui garanti le partage ici lunicité - des documents ainsi que la gestion de leurs différentes versions est un élément incontournable pour une production réellement collaborative.
Malgré lintégration de ce bureau dans le site du campus, il ne continue pas la métaphore spatiale décrite plus haut, et il présente les espaces de travail sous la forme austère et très classique de répertoires qui simbriquent. On a là lexemple dun outil performant qui demande de la part du public un effort dabstraction pour sa maîtrise, effort important pour certains, en regard des autres préoccupations cognitives. Vaincre lobstacle technique Le DU UTICE, dont un des objectif est la découverte de ce type doutils, a servi de champ dobservation pour les comportements des utilisateurs. Après une phase dinaction, les étudiants ont commencé à sintéresser à lusage de leur bureau partagé sous la pression de certains enseignants . Ceux-ci en ont fait loutil privilégié de travail pour les séminaires à thème quils animent. Parallèlement aux séminaires, un " atelier technique " où se résolvent les questions de prise en main des différents outils constitutifs de la plate-forme à été mis en place. Il fonctionne tel un forum asynchrone. Cet atelier nous a permis de mesurer lampleur des problèmes dintendance et lhétérogénéité des connaissances informatiques des utilisateurs. L activité décroissante des étudiants qui le fréquentaient assidûment, nous a fait constater ladaptation graduelle au dispositif pour ceux qui étaient motivés. Un effet boule de neige fait que, plus les étudiants comprennent les arcanes du " bureau partagé ", plus ils peuvent, grâce à ce bureau, justement, sentre-apprendre et diminuer la pression technique qui pèse lourdement au début sur la formation. Un enjeu important est donc darriver à ce chaque apprenant acquière une masse critique de connaissances informatiques ou techniques, tout en limitant les réactions de démotivation, voir dabandon. Il est à noter quune part importante de ces difficultés nest pas le propre de la plate-forme elle même, mais est simplement due à une culture ou une alphabétisation informatique insuffisante ou disparate (LAROSE 99). Conclusion Lexpérience qui sest prolongée durant une année avec des apprenants aux profils hétérogènes , et dans un cadre pédagogique original basé sur les apprentissages et non sur les enseignements, nous a permis de valider des choix techniques en travaillant " aux limites ". La barrière de difficultés techniques à vaincre pour lensemble de la communauté éducative reste importante. La manière dont certains lont franchie et dautres ont refusé de passer lobstacle, nous amène à reconsidérer les pré-requis pou ladmission des étudiants dans le cadre des formations à distance et à modifier notre politique de formation des enseignants. Les efforts pour minimiser cette barrière technique seront une des priorité pour faire évoluer ce campus virtuel. Références
BSCW (Basic Support for Cooperative Work) © GMD CUEEP Centre Université-Economie d'Education Permanente de lUSTL EFFELSBERG W,. GEYER W 1998 LAROSE, F DAVID, R LAFRANCE, S CANTIN J (1999) LEFOE, G. (1998) TARDIF J. (1998) |